L’Eglise Saint Clément

Saint Clément veille sur Monfort depuis sa naissance

Eglise dédiée à Saint Clément, du nom du pape Clément 1er mort vers 101, troisième successeur de Pierre comme évêque de Rome. La fondation de l’église est contemporaine de la bastide en 1275. L’emplacement réservé à l’église a été judicieusement choisi puisqu’il a permis de l’orienter selon l’usage, le chevet vers l’est. Ainsi, la façade principale à l’ouest s’est trouvée face à la halle.  L’église est classée monument historique dans sa totalité depuis le 17 mars 1964. Présentée comme un monument du XVIème siècle de style gothique, la réalité est cependant bien plus complexe.

Le clocher : Plusieurs restauration ont modifié l’aspect de l’église. Le clocher est la partie qui a le mieux conservé l’aspect d’origine. Le plan carré à la base et octogonal aux étages est typique des clochers de la région. Des glacis à forte pente permettent de passer du plan carré de la base au plan octogonal des étages. Les trois étages de fenêtres portent à 36.50 mètres la hauteur du clocher.
Le clocher n’est pas dans l’axe de la nef, mais occupe l’angle nord ouest de l’église. Du sommet, on pouvait surveiller les trois portes de la ville. A l’origine, il était coiffé d’un toit pointu comme le décrit un ami de Saluste du Bartas :

Et venant peu à peu de Monfort approcher
Saluste me montra de loin un grand clocher
Qui semblait orgueilleux avec sa pointe aigüe
Vouloir outrepasser l’épaisseur d’une nue.

Cette flèche a semble t-il été détruite au XVIIème siècle par la foudre. Après cet incendie, cinq ouvertures sont bouchées par du torchis.
D’après des documents retrouvés dans les archives, la charpente et la toiture ont été refaites en 1826. En 1852,on ré-ouvre les cinq fenêtres qui avaient été bouchées, on remplace les meneaux et on refait la galerie en pierre du sommet. Les trois colonnettes et les deux clochetons très dégradés sont remplacés par des copies exactes.

Le mur ouest : A la base du clocher se trouve un médaillon figurant un agneau couché, symbole christique très fréquent. Le portail principal paraît contemporain de la construction du clocher. Les arcs brisés de l’archivolte reposent sur des chapiteaux décorés de feuilles qui forment une frise de chaque côté de la porte. Le dernier arc repose sur des consoles  à visage humain. Ce portail devait autrefois être protégé par un auvent comme l’indiquent les corbeaux de pierre au dessus de la corniche. On aperçoit sur la façade des départs de voûte qui doivent être des remplois. Cette façade a été plusieurs fois remaniée. En 1832, les nombreuses dégradations de la partie supérieure obligent à démolir, puis à reconstruire cette partie. En 1852, la municipalité fait abaisser le sol de la grande rue et de la place devant l’église. De ce fait, les trois marches qui permettaient l’accès à la grande porte sont insuffisantes et on construit un perron de six marches.

Le mur sud : On sait qu’il y avait de ce côté une entrée semblable à celle du mur nord. Il en reste quelques traces. On voit également des restes de fenêtres cintrées murées et remplacées par des fenêtres ogivales plus hautes. Des meurtrières ont également été bouchées. Au bas des murs, des glacis ont été établis pour consolider les fondations déchaussées par l’abaissement du sol. A côté d’un contrefort, on devine la trace d’un cadran solaire.Vers l’est, la sacristie a été construite en 1864.

Le mur est : Dans le jardin du monument aux morts, on peut voir trois contreforts de type roman.

Le mur nord : Il y a également des traces de fenêtres en plein cintre, murées et remplacées par des fenêtres ogivales. Une construction qui servait peut être de sacristie au niveau du chevet a disparu également mais figure encore sur certains plans. Sur le pan coupé du chevet, on devine également la trace d’une ancienne ouverture.
La porte nord offre un passage en chicane (une seule personne à la fois peut emprunter ce passage) et un dispositif de défense : une poutrelle de bois enfoncée dans le mur vers l’est qui, lorsqu’elle est tirée vient buter dans un encoche creusée dans le mur opposé. En cas d’attaque, l’église représentait le dernier retranchement. Cette porte est aussi munie d’un bénitier car elle était la porte des cagots. Une communauté de cagots était installée au nord ouest de Monfort, sur le versant ouest de la colline et jusque sur les bords de l’Orbe. La première chapelle à gauche (la chapelle Saint Sébastien) leur était dédiée.

La nef : Nef unique, large de 11mètres (21 mètres si on compte les chapelles) et longue de 21 mètres jusqu’à l’arc triomphal. Une abside polygonale à sept pans coupés  la prolonge de 11 mètres. La nef est divisée en trois travées voûtées en ogives, et bordée de chapelles entre les contreforts. La voûte est en brique recouverte de plâtre. Les clés de voûte sont en pierre. Une inscription sur le deuxième pilier côté sud témoigne des travaux engagés dans l’église au début du XVIIème siècle pour réparer les dégâts provoqués par un siège protestant en 1585. En 1596, un note d’un rapport de syndic dit en effet que « l’église s’en va par terre et si elle tombe, ce serait grand dommage ». Plusieurs aides sont demandées : à l’évêque de Lectoure (2/10 de la dîme qu’il perçoit seront conservés pour subvenir au coût des réparations), et au seigneur de Lauret. Le chœur est surhaussé et reçoit une voûte à huit nervures réunies en une clé qui porte une crosse et un mitre. On surélève également les arceaux de la grande nef. L’église primitive était plus basse que la construction actuelle. On peut s’en rendre compte dans la première travée : sur le mur sud du clocher, apparaissent des corbelets et une corniche. Cette partie était vraisemblablement à l’extérieur. Une autre inscription, placée sur l’arc triomphal dans un cartel de pierre atteste d’une autre restauration : « La voûte de la nef a été bâtie en 1850 par Joseph Barbé de Fleurance sous la direction de MM Fabien Troyes curé et jean Paul Balthasar de Solirène. » Dans cette inscription apparaît le nom de l’abbé Troyes, originaire de Sarrant et nommé à Monfort en 1836. Il n’aura de cesse d’embellir l’église. La décoration de la voûte est l’œuvre d’un peintre de Mauvezin du nom de Costecalde. Il a également peint les clés de voûte. La première en partant de l’autel représente les armes de monseigneur de La Croix d’Azolette, archevêque d’Auch. La deuxième porte les armes de De Solirène, président de la fabrique. La troisième enfin porte les armes de Louis de Broqueville. Les deux derniers étant des bienfaiteurs de l’église.

Les vitraux : Les vitraux ont été posés en 1852 et sont l’œuvre de l’atelier Bordieu, maître verrier à Toulouse. Dans les chapelles à gauche ils représentent : Saint Pierre aux liens, Marie faisant son offrande après la naissance du sauveur, des motifs géométriques. Dans les chapelles de droites, on retrouve Saint Roch, la remise du rosaire à Saint Dominique, la délivrance des âmes du purgatoire et des motifs géométriques. Dans le chœur, sont représentés des personnages dont nous ne connaissons pas l’identité (papes, évêques, ?) ; au centre se trouve une rosace.

Le mobilier :Le mobilier le plus prestigieux se trouve dans les chapelles. Dans la chapelle Saint Roch se trouvent un autel, un tabernacle (XVIIème) et une toile représentant Saint Roch datée du XVIIIème siècle (mobilier inscrit depuis le 03 mai 1985). Dans la chapelle du rosaire se trouve le retable du rosaire classé depuis le 4 septembre 1987. La Vierge remet le rosaire à Saint Dominique, tandis que l’Enfant Jésus le remet à une religieuse (peut être Sainte Thérèse d’après les attributs dont elle est affublée). Les murs de cette chapelle sont recouverts de toiles racontant la vie de Marie. La chapelle des âmes au Purgatoire est peinte en noir et blanc. Dans la chapelle Saint Sébastien, au dessus de l’autel, un tableau en demi relief représente le martyre de Saint Sébastien. D’après la légende, Saint Sébastien aurait été un soldat romain victime de sa foi et condamné à être percé de flèches sous le règne de l’empereur Dioclétien. Il serait mort en 288. On lui prête le pouvoir d’arrêter les épidémies de peste.  La chapelle Saint Jean était la sépulture de la famille de Broqueville avant la Révolution. A voir également, les bustes reliquaires en bois doré du XVIIème siècle, l’un représentant Saint Clément et l’autre un évêque (peut être Saint Blaise ?), classés depuis le 4 septembre 1987. Autour du chœur, les évangélistes. De gauche à droite, Saint Jean avec l’aigle, Saint Luc et le taureau, Saint Marc accompagné du lion et Saint Mathieu avec un ange. Au centre, une sculpture de la crucifixion réalisée par Ferri d’Auch et son gendre Darmagnac. On doit également à ces deux derniers les fonds baptismaux à l’entrée de l’église à gauche. Au dessus de la scène du baptême du Christ sont représentés  des princes chrétiens (le premier à droite pourrait être Constantin, d’après l’abbé Cazauran). Ils ont également réalisé la chaire avec l’aide de Dorzas, menuisier à Monfort.

L’orgue :L’instrument est installé à Monfort en 1857. Il a coûté à l’époque 7000 francs à la commune et a été acheté à deux facteur d’orgue bordelais, Wenner et Gotty, qui eux-mêmes l’avaient acheté à l’église de Libourne et agrandi. La partie instrumentale est classée Monument Historique depuis le 5 septembre 1991. Le buffet est haut de 7.30 mètres, large de 4.65 mètres et profond de 1.65 mètres. Il comporte 49 tuyaux. Le grand clavier compte onze jeux et le petit six. Il y a également quatre jeux de pédales. La tribune pour recevoir l’orgue a été exécutée par deux maçons de Solomiac : Ducassé et Guibaud. Les travaux de charpente ont été confiés à Bézian Fils de Monfort. Les travaux de restauration entrepris il y a quelques années se sont élevés à 800 000 Francs (Etat 50%, Département 20%, Commune 30%).

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