Les cloches sont la voix du village

Les cloches et le carillonneur avaient un rôle essentiel dans le paysage sonore d’antan, elles ponctuaient la vie de nos aïeux et continuent toujours de rythmer la nôtre mais plus sobrement.
Le carillonneur, ou sonneur, nommé par le curé était le seul à avoir accès au clocher ; sa tâche consistait à annoncer la vie liturgique et les évènements importants.
Il carillonnait pour de nombreux évènements, matines, messes, angélus, processions, baptêmes, mariages, funérailles, mais aussi tocsin, assemblée, émeutes, couvre feu etc…. Chaque évènement était « codé » et annoncé par un type spécifique de sonnerie : cloches utilisées, durée et rythme de la sonnerie, horaire par rapport à l’évènement, nombre de coups de cloche tirés etc…(à titre d’exemple la manière de sonner le glas pouvait varier en fonction du sexe du défunt :  six coups simples espacés, suivis de six coups doubles  annonçaient le trépas d’une femme ; sept coups simples, suivis de sept coups doubles, celui d’un homme, la sonnerie se poursuivait par une volée)
Parfois les cloches tintaient païennement, dans certaines régions elles étaient censées apaiser la douleur de l’enfantement et des maux de dents, partout elles faisaient fuir le démon, elles étaient réputées pour chasser la tempête, l’orage, la grêle (ce n’est qu’à la fin du XVIIIè siècle que l’on réalisera que, bien loin de préserver de la foudre les cloches peuvent, au contraire, l’attirer).
A la Révolution, l’ordre est donné de raser les clochers des églises à « hauteur de toiture », heureusement cette mesure est très peu appliquée, tout comme l’interdiction de sonner les cloches qui apparaissait être un signe extérieur du culte.
L’électrification des cloches s’est imposée durant la seconde moitié du XXè siècle, les carillonneurs ont alors cessé, peu à peu, de tirer sur les cordes et leur métier multiséculaire a disparu.
A Monfort,  le clocher abrite 3 cloches , la grosse, la moyenne et la petite ;  si leur son clair et puissant nous est familier, rares sont ceux qui les ont vues, en voici  l’histoire :
–  Une petite sur laquelle apparaît la date à laquelle elle a été fondue : 1763.  j’ai trouvé l’annotation suivante dans le registre des baptêmes de 1764 : « Pour mémoire que le 22 juillet 1764 une cloche a été bénite en l’honneur de St Clément, parrain le Sr Marqué, bourgeois ; marraine dame Marguerite Hévaut veuve de feu Marqué  adj. Au parlement ». Elle nous permet d’entendre l’angélus, matin, midi et soir.
– Une moyenne fondue en 1840  par Perre père et fils, fondeurs à Auch, pour remplacer celle que la révolution avait envoyée à la fonte. Elle est ornée d’une belle frise de rameau d’olivier et de beaucoup de fines décorations (vert de gris et fientes de pigeons rendent la lecture des motifs peu lisible) Elle a été bénie au mois de Juillet. Elle a été mise en place pendant le mandat de Mathieu Goulard.
– Une grosse, qui sera la grande voix du clocher, fondue en 1854 toujours par Perre père et fils et pesant 875 kg. en remplacement de celle qui était fêlée. Elle est très finement décorée de frises de feuilles d’acanthe, d’épis de blé et de grappes de raisin. Elle a été bénie le 8 octobre 1854 et a eu pour parrain Louis Marie de Broqueville et pour marraine Marie Louise Marguerite de Broqueville, elle a été mise en place durant le mandat de Martin Saubolle. C’est elle qui rythme nos journées en sonnant les heures et les demies.
Ci-dessous, ordonnance de police de 1825 en l’honneur du roi, qui permet de comprendre l’importance du rôle que jouaient les cloches dans l’ancien temps :
« Le maire de la ville et commune de Monfort jaloux de fournir à ses administrés une occasion favorable de faire éclater leurs sentiments d’amour et de dévouement à la personne du Roi, les prévient que le jour de la fête de ce prince, auquel nous devons cette continuité de jours paisibles dont nous jouissons, sera ce soir annoncée par les cloches qui continueront à sonner demain à différentes heures de la journée, qui sera terminée par un feu de joy et par l’illumination de la ville qui devra commencer à huit heures et succéder aux drapeaux blancs qui auront dû flotter aux fenêtres pendant la journée.  Donné à l’hôtel de la Mairie le 3 Novembre 1825
Nous retrouvons sur une autre ordonnance que : « La fête sera annoncée par le son des cloches pendant une demi heure le matin à la pointe du jour ».
Nous avons la très grande chance, que nous devons à la présence de deux prêtres dans notre village qui officient, d’entendre leur joyeuse et très grande volée tous les dimanches matin, sachons l’apprécier ! déjà depuis un an elles restent muettes le matin en semaine, n’appelant plus les fidèles à la messe.
Je ne peux clore cet article sans avoir une pensée particulière pour notre dernier carillonneur, Laurent Bosc dit « Poupoule », dont les anciens d’aujourd’hui (jeunes de l’époque !) doivent bien se rappeler la silhouette cassée et les taquineries dont il faisait l’objet. Quelques uns avaient la chance, parfois, de l’aider à sonner et c’était alors un plaisir de se balancer, suspendu à la corde, au rythme du battement de la cloche.
Nous ne pouvons évoquer le souvenir de « Poupoule » sans nous rappeler également qu’il était porteur des nouvelles importantes et les annonçait à chaque coin de rue accompagnées des roulements de son tambour suivi du vigoureux «  Avis à la population »……
Quelle excitation pour nous, les enfants, de le suivre dans son périple aux quatre coins du village !

 Simone Mauruc-Gallenne – Sources : archives communales et…les cloches !

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